Dimanche 14 octobre 2007

 

Le cerveau de Lorie fonctionnait à 100 à l’heure pendant le trajet… elle espérait qu’elle aurait le temps de trouver une idée géniale rapidement, mais un début de panique l’empêchait de réfléchir correctement… Reprendre son apparence humaine devant le vétérinaire et tout dévoiler ? Non, tout serait à recommencer, fini la tranquilité… Ouvrir le panier, se sauver et rentrer à la maison ? Ce serait reculer pour mieux sauter, Jean-Marc reviendrait la chercher et fermerait mieux la cage… Il n’y avait plus qu’une solution, jeter un sort d’hypnose pour les persuader qu’elle avait été examinée et vaccinée, pour qu’elle reparte tranquillement… Oui, c’était sans doute la meilleure chose à faire. Résignée, elle prépara mentalement la formule à utiliser, pour la dire au bon moment.

Arrivés dans le cabinet du vétérinaire, la secrétaire leur demanda de patienter car il y avait eu une urgence et donc un peu de retard dans les rendez-vous. Jean-Marc s’assit sur un siège, prenant la caisse de Lorie sur les genoux. Quelques minutes plus tard, un autre client arriva et s’assit à côté d’eux ; l’animal qu’il amenait était un gros doberman à l’aspect menaçant qui, malgré sa muselière, grogna sourdement en apercevant Lorie dans sa caisse. Instictivement, la fée adopta une attitute de chat en se recroquevillant au fond de la cage, tous ses poils hérissés, et un feulement de menace – peu efficace – sortit de sa gorge. Jean-Marc se pencha vers la cage pour essayer de la rassurer :

« N’aie pas peur Aliocha, il ne te fera rien, tu es à l’abri dans ta cage… »

A l’abri, certes, mais Lorie se rendait compte que si elle allait se balader dans la rue avec son apparence de chat et qu’elle tombe sur un chien comme celui-là, elle risquait de passer un très mauvais quart d’heure ! Encore un inconvénient auquel elle n’avait pas pensé ! Elle était en train de se dire qu’elle aurait dû se contenter de devenir invisible, plutôt que de se transformer en chat, quand elle entendit la secrétaire appeler son maître ; elle sentit la cage soulevée et bientôt reposée sur une table, au milieu du cabinet du vétérinaire… l’heure de vérité approchait, allait-elle réussir à échapper à la piqûre ?

Jean-Marc se présenta au vétérinaire, un homme assez grand, avec de la poigne, qui sortit Lorie de sa cage d’un geste ferme et la maintint sur la table d’examen tandis qu’il écoutait les explications de Jean-Marc. Il hocha la tête quand ce dernier eut terminé :

« Vous avez eu raison de nous l’amener tout de suite, il faut toujours vérifier l’état de santé d’un chat qu’on vient de trouver avant de l’adopter. A première vue, elle a l’air en bonne santé, mais il vaut mieux vérifier… »

Lorie allait lancer son sort, mais au même moment, le vétérinaire lui ouvrit la gueule pour vérifier l’état des dents, et le sort s’étrangla dans sa gorge… elle se rendit compte, mais trop tard, qu’avec cette déformation, elle avait lancé non pas un sort d’hypnose, mais un sort d’immunité : ni Jean-Marc ni le vétérinaire ne pouvaient subir l’influence d’un sort pendant une heure… autant dire que tout était fichu, car vu la taille de la salle d’examen, elle ne pourrait pas leur échapper pendant une heure, d’autant plus qu’elle était toujours solidement maintenue par le vétérinaire. Celui-ci continuait son examen :

« Parfait, elle a une bonne dentition, des oreilles en bonne santé et son pelage ne présente pas de traces de puces. Par contre, comme je ne peux pas connaître son état de santé au niveau digestif, il vaut mieux lui faire un vermifuge. Je vais lui en donner un cachet, vous allez voir comment procéder pour le lui faire avaler. »

Lorie se hérissait et essayait de se libérer en se trémoussant ou en miaulant, mais le vétérinaire en avait visiblement maté de plus fortes qu’elle et elle ne put y échapper. Avant d’avoir eu le temps de dire ouf, elle se retrouva la gueule ouverte, sentit le cachet arriver, puis sa gueule être refermée et le vétérinaire lui caresser la gorge pour le faire descendre, tout en lui maintenant la gueule bien fermée pour qu’elle ne puisse pas le recracher… Lorie n’eut d’autre choix que de l’avaler pour en être débarrassée, en espérant que l’effet du médicament ne serait pas trop désagréable… Mais l’épreuve n’était pas finie… Tandis que le vétérinaire demandait à Jean-Marc de la tenir fermement, il prépara une seringue avec les vaccins, et s’approcha d’elle :

« Tu vas voir, ce n’est rien, ça va juste piquer un peu… »

Lorie s’arc-bouta de toutes ses forces, mais le vétérinaire la tenait de nouveau, tout en conseillant à Jean-Marc de lui caresser la tête pour la rassurer et faire diversion… peine perdue, évidemment, et Lorie fit un bond quand elle sentit l’aiguille lui rentrer dans la peau et le vaccin se répandre. Elle laissa échapper un gros miaulement de protestation et donna un coup de griffe devant elle, qui toucha Jean-Marc à la main ; le vétérinaire la prit aussitôt et la remit dans la cage en faisant remarquer à Jean-Marc :

« Elle a un sacré caractère, cette petite bête ! Vous devriez vous en méfier un peu, car elle pourrait griffer aussi vos enfants si elle se sent agressée ou acculée quelque part… »

« Je leur dirai de faire attention et de ne pas l’embêter, ils sont assez grands pour le comprendre. »

Le vétérinaire donna à Jean-Marc un coton imbibé de produit pour désinfecter la griffure, puis la consultation prit fin et Lorie put bientôt regagner sa nouvelle maison.

Dès qu’ils furent arrivés et que Jean-Marc eut ouvert la porte de la cage, elle en déboula à toute vitesse et fonça se cacher sous une armoire dans la salle à manger, suffisamment profonde pour qu’on pe puisse pas la prendre en traître, et elle cracha dès que quelqu’un essayait d’approcher : qu’on lui fiche un peu la paix ce soir, elle en avait besoin !

Jean-Marc raconta la visite au vétérinaire, puis conclut :

« Il faut la laisser tranquille, elle n’a pas apprécié, ça a dû l’effrayer… Elle sortira bien toute seule quand elle aura faim. »

Manon se pencha vers le meuble, murmura :

« Je suis désolée, je n’ai rien pu faire… »

puis se releva et partit faire ses devoirs ; elle ne pouvait rien faire de plus, il fallait attendre que Lorie se calme et sorte d’elle-même, ce qui allait sans doute prendre un petit moment…

 

A suivre…

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Mercredi 4 avril 2007

Le jour se levait… Lorie ouvrit péniblement les paupières en se disant : « Oh là là, quel cauchemar j’ai fait cette nuit… Je me transformais en chat et j’allais vivre dans une famille où tout le monde me sautait dessus et où on voulait me faire manger de la pâtée, faire mes besoins dans une litière et dormir dans une corbeille ! Et en plus, ce rêve durait, je n’ai même pas pu faire une bonne nuit de sommeil… Allez, je vais faire une petite balade pour me changer les idées ! »
Mais au moment où elle portait ses mains à sa bouche pour baîller, Lorie vit deux pattes blanches monter vers son museau, et elle revint brusquement à la réalité : « Mais non, ce n’est pas un cauchemar… Oh non, qu’est-ce que j’ai eu comme idée à la noix ?!? Mais comment je vais m’en sortir maintenant ? »
Une voix masculine la tira de ses pensées : c’est Jean-Marc, le père de Manon, la petite fille chez qui elle s’était installée :
« Tiens Aliocha, tu es réveillée ? Allez viens manger, je vais te donner des croquettes ! »
Il se pencha vers elle, lui caressa la tête et le dos, puis se dirigea vers la cuisine ; résignée par son estomac qui criait famine, Lorie le suivit la queue basse, se disant qu’elle allait boire un peu d’eau en attendant que tout le monde soit parti, pour pouvoir transformer cette maudite nourriture pour chat en aliments normaux et bons ! Tandis qu’elle lapait avec difficulté l’eau (elle se maudit de ne pas avoir testé la condition de chat un jour ou deux chez elle avant de mettre en pratique cette idée lumineuse !), elle entendit Jean-Marc qui reprit :
« Tu vas aller faire une balade ce soir ! Je t’emmène chez le vétérinaire, tu verras, il est très gentil, ça va bien se passer ! »
Catastrophée, Lorie baissa le nez dans sa gamelle ; elle secoua la tête en sortant son museau de l’eau : « Oh non, je l’avais oublié celui-là… le vétérinaire ! Mais je ne veux pas me faire vacciner moi, je suis très bien comme ça ! Bon, j’ai toute la journée pour trouver la parade, il va falloir carburer… »
Elle en était à ces réflexions quand Manon arriva : elle la caressa et lui demanda :
« Bonjour Aliocha… tu as bien dormi ? »
Au regard noir que lui rendit la chatte, Manon comprit que ce n’était pas le cas, et à la voir ne pas toucher à sa gamelle, elle vit que la fée avait du mal à s’adapter à sa vie de chat. Elle la prit dans ses bras et l’emmena dans le salon, près de la fenêtre, en lui murmurant à l’oreille :
« Tout le monde part au travail ou à l’école au plus tard à 8 h 15, tu auras toute la maison pour toi toute seule jusqu’à ce soir, 16 h 30, Tristan et moi mangeons à la cantine ! »
Lorie se sentit un peu rassurée par la nouvelle : elle avait avoir toute la journée devant elle pour se remettre de ses émotions et essayer de trouver la solution au problème le plus critique, la visite chez le vétérinaire… car rien que d’imaginer l’aiguille de la seringue se planter dans son derrière, elle en avait des frissons partout… non, il ne fallait pas que ça arrive, et ça n’arriverait pas… mais comment ?

 

La journée s’était écoulée rapidement ; Lorie avait profité de l’absence de toute la famille pour explorer de fond en comble la maison, elle avait déniché quelques coins tranquilles pour se cacher quand elle aurait envie d’avoir la paix, avait procédé à quelques tours de magie sur la nourriture pour chat qui, si elle gardait un aspect de pâtée ou de croquettes, avait maintenant un goût excellent propre à satisfaire la faim de Lorie. Quant à la litière, il fallait bien s’y résoudre, mais elle ferait attention d’y aller quand personne ne serait là, pour éviter d’être dérangée en pleine action, ce qui la gênerait horriblement.
Pas question en revanche, témoin ou non, de se comporter en chat et de faire sa toilette à grands coups de langues, de la tête aux pieds : dès qu’elle avait eu accès à la salle de bains, Lorie avait repris sa forme initiale et pris une bonne douche, de façon à se sentir propre et encore humaine. Il y avait des limites, quand même !
Finalement, reprenant son apparence de chat, elle s’était confortablement installée sur le canapé et endormie pour une petite sieste.


Mal lui en prit, car quand elle sentit du mouvement autour d’elle, ce fut trop tard : aidé par Nathalie qui tenait la porte d’un panier de transport en plastique, Jean-Marc venait de se saisir d’elle et la faisait entrer dans le panier ! Le temps qu’elle se réveille et réagisse, il était trop tard, la porte s’était refermée sur elle et elle entendit Nathalie qui lui disait :
« A tout à l’heure Aliocha, Jean-Marc t’emmène voir le vétérinaire ! »
Furieuse, Lorie fit entendre sa désapprobation en miaulant de toutes ses cordes vocales, mais peine perdue, malgré ses protestations, Jean-Marc mit son panier sur le siège passager de la voiture, le cala avec la ceinture de sécurité et démarra… l’heure de la confrontation avait sonné, et Lorie ne savait pas encore ce qu’elle allait faire, elle avait trop dormi et pas assez réfléchi…

A suivre…
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Mercredi 24 janvier 2007
"Je suis désolée pour mon père et mon frère, je ne pensais pas qu'ils allaient te manipuler comme ça..."

Assise sur son lit dans sa chambre, avec Lorie qui boudait en lui tournant le dos, Manon essayait d’excuser l’accueil un peu inattendu reçue par leur nouvelle invitée :

« Tristan est encore petit, il n’a pas l’habitude, mais je te promets qu’il fera attention à l’avenir… »

Lorie tourna enfin la tête et protesta :

« Peut-être, mais ton père n’aurait pas dû me prendre de la sorte et me… lorgner le derrière !!! Ca ne se fait pas chez les demoiselles ! »

« Oui, mais vous savez bien que c’est le seul moyen de savoir si un chat est un mâle ou une femelle… »

« Tu leur as dit que j’étais une fille, ils auraient dû te faire confiance ! »

« Vous oubliez que je ne suis encore qu’une petite fille de 10 ans, pour eux il y a des choses que je ne peux pas savoir… Allons, ça ira mieux dans quelques jours… »

En entendant le bruit d’une voiture, Manon se leva et alla voir à la fenêtre : ses parents et son frère revenaient des courses. Ils étaient en effet partis une heure plus tôt, la laissant seule dans la maison pour surveiller Aliocha, pendant qu’ils allaient faire des courses pour leur nouvelle pensionnaire. Voyant que Lorie boudait toujours, Manon descendit en la laissant sur son lit. Quand elle arriva dans le salon, elle vit qu’ils avaient acheté un panier en mousse doublé de fourrure, des jouets et un bac à litière, ainsi que de la nourriture pour chat. Manon se fit la réflexion que cela n’allait sûrement pas plaire à Lorie et se demanda comment elle allait réagir. Jean-Marc, son père, porta le coup de grâce :

« Pendant que nous étions en ville, je suis passé chez le vétérinaire, j’ai pris rendez-vous pour y emmener Aliocha demain soir : il faut l’examiner pour être sûr qu’elle soit en bonne santé et aussi la faire vacciner ! »

Catastrophée, Manon se demanda comment elle allait annoncer la nouvelle à la fée… Nathalie, sa mère, regardait autour d’elle :

« Où est Aliocha d’ailleurs ? »

« Elle dort sur mon lit… »

« Sur ton lit ? Va vite la chercher, tant qu’elle n’aura pas vu le vétérinaire et que nous ne serons pas sûrs qu’elle n’ait pas de puce, je ne veux pas qu’elle aille dans ta chambre ni dans celle de ton frère ! »

« Mais maman… »

« Il n’y a pas de mais ! C’est comme ça ! Tu l’as trouvée dans la forêt, nous ne savons pas d’où elle vient, il faut bien prendre ses précautions. Je vais aller la chercher ! »

« Non, ne te dérange pas, j’y vais ! »

Manon se dépêcha de monter dans sa chambre pour expliquer rapidement à Lorie tout ce qui l’attendait… et qu’elle n’allait sûrement pas apprécier !

 

« Quoi ?!? »

« Oui, je dois te descendre tout de suite, Maman ne veut pas que tu ailles dans la chambre pour l’instant… et demain, ils t’emmènent chez le vétérinaire pour voir si tu vas bien, si tu n’as pas de puce et te faire des vaccins… »

Tout en prenant Lorie dans ses bras, Manon lui racontait les dernières nouvelles ; elle s’excusa :

« Je suis désolée, mais je dois leur obéir… ou alors il va falloir que tu leur lances un sort plus fort… »

Lorie allait répondre mais, rappelée à l’ordre par sa mère, Manon avait déjà ouvert la porte de la chambre et s’apprêtait à descendre. La fée retint à temps les paroles qui allaient jaillir de sa gorge et les transforma en un miaulement de désapprobation… elle commençait à se dire que son idée n’était pas si bonne que ça et qu’elle allait finir par regretter son apparence humaine, même si elle signifiait un perpétuel dérangement.

Quand Manon arriva dans le salon et la posa par terre, Nathalie l’appela :

« Aliocha, viens voir dans la cuisine les jolies gamelles que nous t’avons achetées ! Et je t’ai servi de la pâtée fraîche pour ton repas ! »

Pétrifiée, Lorie resta sur place : quoi, manger de la pâtée pour chat ? Et puis quoi encore ? Mais Nathalie, fixée sur son idée, la prit dans ses bras et la conduisit à la cuisine où elle la planta devant deux gamelles en plastique hideuses, une rouge et l’autre bleue marine, l’une pleine d’eau et l’autre emplie d’une pâtée à l’aspect douteux et dont l’odeur seule suffisait à rebuter Lorie… Elle recula brusquement, et Manon, qui arrivait à son secours, suggéra :

« Elle n’aime peut-être pas la pâtée ? »

« Ne dis pas de bêtises voyons, tous les chats aiment ça ! En plus c’est du Friskas, c’est délicieux, ils le disent à la publicité ! »

Lorie soupira intérieurement :

« A la publicité… tu parles ! Je suis sûre que toi, tu n’en mangerais pour rien au monde… et moi, je devrais avaler ça ? Beurk… il va falloir que je trouve une formule pour faire disparaître ça, ou le transformer en nourriture convenable !!! »

Devant le refus obstiné d’Aliocha de manger, Jean-Marc, qui venait d’arriver, haussa les épaules :

« Elle n’a peut-être pas faim ? En attendant, nous devrions lui montrer son nouveau domaine, j’ai fini de préparer la litière, elle est dans les toilettes… »

Litière ! A ce moment, Lorie sentit ses moustaches se hérisser : comment avait-elle pu oublier ce détail ? Elle allait devoir faire ses besoins dans une litière, devant tout le monde… et sa pudeur alors ? Son malaise se confirma quand elle vit la litière en question, un simple bac en plastique posé à côté des toilettes ; elle soupira :

« Et en plus ils sont radins, ils auraient au moins pu m’acheter une litière fermée avec une porte battante, j’aurais été mieux… mais non, ils ont pris le modèle bas de gamme… »

Avant qu’elle n’ait eu le temps de faire un geste, Lorie se sentit soulevée de terre et posée dans la litière, tandis que Nathalie lui disait :

« Regarde Aliocha, c’est ta litière, c’est pour faire tes besoins ! »

Tout en secouant ses pattes avant pour en détacher les grains de litière qui s’y étaient incrustés, Lorie sauta hors du bac en pensant :

« Beurk, de la litière ça ? On dirait plutôt du sable bon marché… je crois que si ça continue comme ça, je vais aller me chercher un autre foyer pour vivre… »

Tristan arriva à cet instant :

« Il faut lui montrer son lit aussi ! Et ses jouets ! »

« Tu as raison ! Vas-y, mais manipule-la douchement ! »

Tristan s’approcha et la prit dans ses bras, moins brusquement cette fois-ci. Il la conduisit dans un coin du salon où trônait une corbeille en mousse et fourrure beige clair, et lui dit fièrement :

« Regarde Aliocha, c’est ton lit maintenant ! »

« Quoi ?!? Ce machin tout moche, mon lit ? Mais ça ne va pas ! Où sont les couvertures et l’oreiller ? Je vais me cailler moi là-dedans… »

Mais le coup de grâce était à venir... quand Tristan saisit un espèce de plumeau en plastique avec des plumes rose fluo et le lui agita sous le nez en disant :

« Allez Aliocha, joue, attrape-le ! »

Consternée, Aliocha le fixait sans bouger, en se disant :

« Mais non, mais non, ça ne devait pas se passer comme ça… un chat, ça dort toute la journée, on doit me laisser tranquille, pas me harceler à tout moment… Au secours, c’est un cauchemar !!! »

Voyant la mine dépitée de Lorie, Manon essaya d’intervenir pour éviter qu’elle ne craque :

« Attendez, vous l’affolez tous, elle vient juste d’arriver et vous lui sautez tous dessus… elle a besoin de calme pour s’adapter à sa nouvelle maison, vous ne croyez pas ? »

« Tu as raison… Laissons-la tranquille un moment, elle décidera seule quand elle voudra manger, aller dans sa litère ou jouer… Allez les enfants, vous avez vos devoirs à faire, non ? »

Et tous s’éloignèrent, laissant Lorie seule. Soulagée par ce répit, cette dernière s’effondra sur le sol et posa sa tête sur ses pattes, se demandant comment améliorer la situation dans les jours à venir…

A suivre...
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Mercredi 3 janvier 2007

Tout au long du trajet, Lorie sentit les bosses et tous les trous du chemin, comme si Manon faisait exprès de rouler à cet endroit pour la secouer dans tous les sens ! A tout moment, voyant arriver des obstacles quelconques (branches, feuilles, etc.), Lorie se tapissait au fond du panier en poussant de petits gémissements et en fermant les yeux. Au bout d’un moment, Manon s’arrêta ; Lorie releva un peu la tête et regarda prudemment au-dessus du panier en murmurant : 

 « Nous sommes arrivées ? » 

 « Non, pas encore, mais vous n’aviez pas l’air bien, c’est pour ça que je me suis arrêtée… ça ne va pas ? »

« Pourrais-tu rouler plus doucement ? Je suis secouée dans tous les sens, je vais finir par être malade ! » 

« Si ce n’est que ça, d’accord, je vais ralentir un peu… Vous voulez attendre un peu ou je repars tout de suite ? » 

« Pas la peine, allons-y… et arrête de me vouvoyer, tu imagines la tête de tes parents et de ton frère s’ils t’entendent dire vous à un chat ? »

« Vous a… euh, tu as raison, je vais essayer d’y penser ! » 

Manon repartit, moins vite cette fois-ci, et Lorie se détendit légèrement dans son panier (mais elle cramponnait toujours le fond de ses quatre pattes, sait-on jamais).  

Bientôt, Manon s’arrêta devant une jolie maison au cœur d’un lotissement, et rentra son vélo dans le garage, au sous-sol. Elle prit Lorie dans ses bras et monta dans le salon, au rez-de-chaussée, où se trouvaient ses parents et son petit frère. Son père fronça les sourcils en voyant ce qu’elle tenait dans ses bras : 

« Manon, qu’est-ce que c’est que ça ? Tu sais très bien que nous ne voulons pas d’animal ici ! »  

« Je l’ai trouvée dans la forêt en rentrant de me balader, elle était toute seule et miaulait à fendre l’âme, elle avait l’air abandonnée... »

« Elle ? Et d’abord, qu’est-ce qui te fait dire que c’est une chatte ? C’est peut-être un mâle, qu’en sais-tu ? »  

« Euh… non, à vue de nez, je suis sûre que c’est une fille, elle… elle a l’air plus fine, plus gracieuse... »  

« Oui, eh bien en tout cas, il est hors de question qu’elle reste ici, j’ai dit non ! »  

Lorie, tout en s’efforçant de faire les mêmes yeux suppliants que le Chat Potté dans Shreck, murmura dans sa moustache une nouvelle formule magique :  

« Adoptitumunaimumsushicha ! »

A ce moment, la mère de Manon se leva et s’approcha de sa fille, se penchant vers Lorie :  

« Oh chéri attends, regarde cette pauvre petite bête, on ne peut pas l’abandonner, elle a besoin d’un foyer... »  

Lorie vit que son sort avait fait mouche avec la mère de Manon ; elle savait que ce n’était plus qu’une question de secondes avant qu’il n’agisse aussi sur son père. Tristan se mit de la partie, bien décidé, sans être touché par le sort, à ce que le chat reste à la maison :  

« Oh papa, s’il te plaît, on peut le garder ? Manon et moi on s’en occupera, vous n’aurez pas à le faire, promis… »  

Le père réfléchissait, pas vraiment quelle décision il allait prendre, mais plutôt comment faire volte-face sans perdre toute son autorité… car, lui aussi victime du sort de Lorie, il ne pouvait se résoudre, à présent, à mettre dehors le petit animal. Il finit par hausser les épaules et grommela :  

« Bon, à trois contre un, je vois que je n’ai pas le choix, nous allons donc le garder... »  

« La garder ! Je suis sûre que c’est une fille ! »  

Devant l’insistance de Manon, son père se pencha et prit Lorie dans ses bras :  

« Eh bien, essayons de vérifier ça ! »  

Lorie, très surprise, se demandait ce qu’il allait faire : il la retourna et lui souleva la queue pour regarder son arrière-train, ce qu’elle jugea fort inconvenant, et protesta aussitôt en gigotant pour qu’il la lâche, ce qu’il fit après l’avoir examinée :  

« Bon, il semblerait que tu aies raison Manon, on dirait bien une fille... »  

« Puisque je vous le dis depuis tout à l’heure, pourquoi vous ne me croyez pas ? »

Posée par terre, Lorie protesta en miaulant, tout en pensant :

« Non mais qu’est-ce que c’est que ces manières ? Et ma pudeur alors ? Ca ne se fait pas de regarder le derrière des filles, non mais ! »

Tristan s’approcha d’elle et la saisit assez brutalement pour la prendre dans ses bras ; elle se débattit, surprise par une manipulation aussi peu agréable. Manon vint à son secours et la prit dans ses bras en disant à Tristan :  

« Fais attention, ne la prends pas comme ça, tu vas lui faire mal ! »  

Tristan râla, mais sa mère approuva Manon :  

« Elle a raison, ce n’est pas un jouet tu sais, c’est un être vivant, qui doit être manipulée avec précaution. »  

Tristan bouda un peu, puis se tourna vers ses parents :  

« Comment allons-nous l’appeler ? »  

« Ah oui, bonne idée, donnons-lui un nom ! »  

Manon, qui n’y avait pas pensé, réfléchit et dit immédiatement :  

« Et si nous l’appelions Minette ? »  

Sa mère secoua la tête :  

« Non, trop commun… pourquoi pas plutôt… Mistigrette ? »  

Tristan protesta :  

« Non, trop long… Tigrette ! »  

Leur père s’interposa :   

« Peuh, ces noms sont trop communs… je propose Aliocha ! »  

« Oh non ! »  

Le rejet semblait unanime. La mère soupira :  

« Il va pourtant bien falloir nous mettre d’accord... »  

« J’ai une idée ! »  

Tous se tournèrent vers Manon :  

« Une idée ? Laquelle ? »  

« Nous allons lui faire choisir son nom ! »  

« Comment ? »  

« Eh bien nous allons tous inscrire sur une feuille de papier les noms que nous suggérons, nous allons les poser par terre devant elle, et nous lui donnerons le nom écrit sur la feuille sur laquelle elle ira la première ! »  

Les parents se regardèrent, dubitatifs, mais Tristan était d’accord avec sa sœur :  

« Bonne idée, allons chercher du papier et des stylos ! »  

Il partit en courant et revient avec le nécessaire ; son père haussa les épaules :  

« Après tout, c’est une solution comme une autre pour nous mettre d’accord ! » 

Tous inscrivirent leur nom sur la feuille et ils alignèrent les quatre feuilles par terre, à distance les unes des autres. Manon s’accroupit devant et murmura à l’oreille de Lorie :  

« Vas-y, choisis ton nom maintenant ! »  

Lorie, posée par terre, regarda les feuilles d’un air un peu dégoûté : comment n’avait-elle pas pensé plus tôt qu’on allait la rebaptiser ? Elle aurait dû envisager cette éventualité et dire à Manon comment elle voudrait être appelée… car à dire vrai, aucun des noms proposés ne lui convenait.  

« Ne parlons pas de Minette, qui est trop commun pour un chat… Mistigrette et Tigrette, ce n’est pas mieux… Bon, il ne me reste plus qu’à choisir le moins pire... »  

Et elle se dirigea à pas lents, comme à regrets, vers la feuille où était inscrit « Aliocha ». Le père sourit : 

« Regardez, elle m’approuve, c’est Aliocha qu’elle a choisi ! »  

La mère haussa les épaules :  

« Je crois surtout que c’est un coup de chance dû au hasard… car je n’ai encore jamais vu de chat qui sache lire… »  

« Chance ou pas, elle s’appellera Aliocha ! »

  A suivre...

 

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Samedi 30 décembre 2006
Le lendemain après-midi, comme promis, Manon revint frapper à la porte de Lorie. La fée lui ouvrit et la fit entrer dans son salon. La maison avait été rangée de fond en comble et faisait penser à un départ pour un long voyage, ce que confirma Lorie :
« J’ai fait le nécessaire comme si je partais en voyage pour une durée indéterminée. En fait, j’ai transféré tout mon courrier à une boîte postale, que j’irai relever régulièrement, et je pourrai lire mes mails de chez toi… vous avez bien un ordinateur ? »
« Oui, bien sûr, vous pourrez vous en servir quand je serai là, je vous prendrai sur mes genoux et vous me direz sur quels sites je dois aller. »
« Très bien… »
Lorie prit un petit sac noir et le tendit à Manon :
« Je te confie ce sac, il contient quelques affaires qui me seront utiles dans les moments où je reprendrai mon apparence humaine. Nous trouverons un endroit discret pour le cacher dans ta chambre, pour que personne ne tombe dessus. »
« Très bien, et en attendant, je vais le cacher dans mon sac à dos pour que mes parents ne le voient pas quand nous arriverons tout à l’heure. »
Manon fourra le petit sac noir au fond de son sac à dos, sous ses affaires, et se tourna vers Lorie :
« Voilà, je suis prête... »
« Très bien, moi aussi… Voyons d’abord quel sera mon aspect... »
Lorie prononça une formule magique : 
« Transformatumsushishumcha... »
Un nuage l’entoura et se dispersa en quelques secondes : Manon baissa les yeux et découvrit, par terre, une ravissante petite chatte blanche tachetée de gris et de roux qui la regardait de ses grands yeux verts...
« Miaou… euh pardon, alors, qu’en penses-tu ? »
« Très mignonne, mais… un chat qui parle, ça ne va pas surprendre ?!? »
« Il n’y aura qu’à toi que je parlerai, le reste du temps, je miaulerai… Alors, je te plais ? »
« Oh oui, beaucoup ! Vous êtes exactement comme j’en avais envie ! Mon frère va être très content, et moi aussi ! »
« Très bien, alors il est temps de nous mettre en route… Prends la clé qui est sur le meuble à côté de la porte pour la fermer à clé quand nous serons sorties, et mets-la dans mon sac avec mes autres affaires. »
Manon suivit ses instructions et referma la porte derrière elle. Lorie leva la tête vers elle :
« Maintenant en route, nous allons chez toi… Comment es-tu venue au fait ? »
« En vélo ! Regardez, j’ai un panier sur le devant, je vais pouvoir vous mettre dedans ! »
Manon prit Lorie dans ses bras et l’installa dans le panier fixé au guidon : la fée n’était pas très rassurée, pas encore habituée à être manipulée autant, elle pensa que les premiers jours n’allaient pas être faciles, mais c’était son idée et il fallait qu’elle s’y tienne… Elle poussa un soupir et se cramponna de toutes ses griffes au fond du panier tandis que Manon s’élançait en pédalant dans le sentier pour regagner sa maison.

 


à suivre...
Par Auteur - Publié dans : conte-a-suivre
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