Le cerveau de Lorie fonctionnait à 100 à l’heure pendant le trajet… elle espérait qu’elle aurait le temps de trouver une idée géniale rapidement, mais un début de panique l’empêchait de réfléchir correctement… Reprendre son apparence humaine devant le vétérinaire et tout dévoiler ? Non, tout serait à recommencer, fini la tranquilité… Ouvrir le panier, se sauver et rentrer à la maison ? Ce serait reculer pour mieux sauter, Jean-Marc reviendrait la chercher et fermerait mieux la cage… Il n’y avait plus qu’une solution, jeter un sort d’hypnose pour les persuader qu’elle avait été examinée et vaccinée, pour qu’elle reparte tranquillement… Oui, c’était sans doute la meilleure chose à faire. Résignée, elle prépara mentalement la formule à utiliser, pour la dire au bon moment.
Arrivés dans le cabinet du vétérinaire, la secrétaire leur demanda de patienter car il y avait eu une urgence et donc un peu de retard dans les rendez-vous. Jean-Marc s’assit sur un siège, prenant la caisse de Lorie sur les genoux. Quelques minutes plus tard, un autre client arriva et s’assit à côté d’eux ; l’animal qu’il amenait était un gros doberman à l’aspect menaçant qui, malgré sa muselière, grogna sourdement en apercevant Lorie dans sa caisse. Instictivement, la fée adopta une attitute de chat en se recroquevillant au fond de la cage, tous ses poils hérissés, et un feulement de menace – peu efficace – sortit de sa gorge. Jean-Marc se pencha vers la cage pour essayer de la rassurer :
« N’aie pas peur Aliocha, il ne te fera rien, tu es à l’abri dans ta cage… »
A l’abri, certes, mais Lorie se rendait compte que si elle allait se balader dans la rue avec son apparence de chat et qu’elle tombe sur un chien comme celui-là, elle risquait de passer un très mauvais quart d’heure ! Encore un inconvénient auquel elle n’avait pas pensé ! Elle était en train de se dire qu’elle aurait dû se contenter de devenir invisible, plutôt que de se transformer en chat, quand elle entendit la secrétaire appeler son maître ; elle sentit la cage soulevée et bientôt reposée sur une table, au milieu du cabinet du vétérinaire… l’heure de vérité approchait, allait-elle réussir à échapper à la piqûre ?
Jean-Marc se présenta au vétérinaire, un homme assez grand, avec de la poigne, qui sortit Lorie de sa cage d’un geste ferme et la maintint sur la table d’examen tandis qu’il écoutait les explications de Jean-Marc. Il hocha la tête quand ce dernier eut terminé :
« Vous avez eu raison de nous l’amener tout de suite, il faut toujours vérifier l’état de santé d’un chat qu’on vient de trouver avant de l’adopter. A première vue, elle a l’air en bonne santé, mais il vaut mieux vérifier… »
Lorie allait lancer son sort, mais au même moment, le vétérinaire lui ouvrit la gueule pour vérifier l’état des dents, et le sort s’étrangla dans sa gorge… elle se rendit compte, mais trop tard, qu’avec cette déformation, elle avait lancé non pas un sort d’hypnose, mais un sort d’immunité : ni Jean-Marc ni le vétérinaire ne pouvaient subir l’influence d’un sort pendant une heure… autant dire que tout était fichu, car vu la taille de la salle d’examen, elle ne pourrait pas leur échapper pendant une heure, d’autant plus qu’elle était toujours solidement maintenue par le vétérinaire. Celui-ci continuait son examen :
« Parfait, elle a une bonne dentition, des oreilles en bonne santé et son pelage ne présente pas de traces de puces. Par contre, comme je ne peux pas connaître son état de santé au niveau digestif, il vaut mieux lui faire un vermifuge. Je vais lui en donner un cachet, vous allez voir comment procéder pour le lui faire avaler. »
Lorie se hérissait et essayait de se libérer en se trémoussant ou en miaulant, mais le vétérinaire en avait visiblement maté de plus fortes qu’elle et elle ne put y échapper. Avant d’avoir eu le temps de dire ouf, elle se retrouva la gueule ouverte, sentit le cachet arriver, puis sa gueule être refermée et le vétérinaire lui caresser la gorge pour le faire descendre, tout en lui maintenant la gueule bien fermée pour qu’elle ne puisse pas le recracher… Lorie n’eut d’autre choix que de l’avaler pour en être débarrassée, en espérant que l’effet du médicament ne serait pas trop désagréable… Mais l’épreuve n’était pas finie… Tandis que le vétérinaire demandait à Jean-Marc de la tenir fermement, il prépara une seringue avec les vaccins, et s’approcha d’elle :
« Tu vas voir, ce n’est rien, ça va juste piquer un peu… »
Lorie s’arc-bouta de toutes ses forces, mais le vétérinaire la tenait de nouveau, tout en conseillant à Jean-Marc de lui caresser la tête pour la rassurer et faire diversion… peine perdue, évidemment, et Lorie fit un bond quand elle sentit l’aiguille lui rentrer dans la peau et le vaccin se répandre. Elle laissa échapper un gros miaulement de protestation et donna un coup de griffe devant elle, qui toucha Jean-Marc à la main ; le vétérinaire la prit aussitôt et la remit dans la cage en faisant remarquer à Jean-Marc :
« Elle a un sacré caractère, cette petite bête ! Vous devriez vous en méfier un peu, car elle pourrait griffer aussi vos enfants si elle se sent agressée ou acculée quelque part… »
« Je leur dirai de faire attention et de ne pas l’embêter, ils sont assez grands pour le comprendre. »
Le vétérinaire donna à Jean-Marc un coton imbibé de produit pour désinfecter la griffure, puis la consultation prit fin et Lorie put bientôt regagner sa nouvelle maison.
Dès qu’ils furent arrivés et que Jean-Marc eut ouvert la porte de la cage, elle en déboula à toute vitesse et fonça se cacher sous une armoire dans la salle à manger, suffisamment profonde pour qu’on pe puisse pas la prendre en traître, et elle cracha dès que quelqu’un essayait d’approcher : qu’on lui fiche un peu la paix ce soir, elle en avait besoin !
Jean-Marc raconta la visite au vétérinaire, puis conclut :
« Il faut la laisser tranquille, elle n’a pas apprécié, ça a dû l’effrayer… Elle sortira bien toute seule quand elle aura faim. »
Manon se pencha vers le meuble, murmura :
« Je suis désolée, je n’ai rien pu faire… »
puis se releva et partit faire ses devoirs ; elle ne pouvait rien faire de plus, il fallait attendre que Lorie se calme et sorte d’elle-même, ce qui allait sans doute prendre un petit moment…
A suivre…
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